كمال اللطيف ؛ نعمل في السياسة ههههههه

Pour les trois frères Eltaief, issus comme Ben Ali d’une famille de Hammam Sousse, le 7 novembre 1987 est un jour béni. Kamel Eltaief joue dès lors le rôle de «président bis», recevant chaque matin, dans les bureaux de la rue de Beyrouth au cœur de Tunis, les principaux ministres du gouvernement. Dans son sillage, ses deux frères font des affaires. La famille Ben Ali bénéficie également de quelques prébendes. Pas un frère, pas une sœur du nouveau président qui ne reçoivent une petite gâterie. Moncef, le frère préféré, se lance dans le trafic de drogue et laissera, dit-on, 4 millions de dinars de dettes auprès des banques. Kaïs Ben Ali, le fils du frère aîné, s’octroie le monopole des alcools à Sousse et fait main basse sur le free-shop de Monastir. Les trois filles issues du premier mariage de Ben Ali avec Naïma Kefi ne sont pas oubliées. L’aînée, Dorsaf, épouse Slim Chiboub. L’avènement de son beau-père au palais de Carthage est pour lui pain bénit : fils d’un simple greffier, «Monsieur gendre» jouit d’un traitement de faveur. Ainsi bénéficie-t-il de gros marchés pharmaceutiques et de terrains – qui lui seront repris plus tard. Slim Chiboub est connu pour ses appétits démesurés. Les patrons de la chaîne de grandes surfaces Auchan vont ainsi reculer devant ses exigences et renoncer à s’installer en Tunisie. En revanche, l’homme réussira en 2001 à installer un hypermarché Carrefour sur un terrain que les domaines de l’Etat lui ont rétrocédé à un prix symbolique. De 1989 à 2004, le gendre du président présidera également aux destinées de L’Esperance sportive de Tunis. La dernière fille, Cyrine, épouse en 1996 Marouane Mabrouk. Lui hérite de la concession Mercedes Tunis, alors qu’elle prend la haute main sur le Net en Tunisie. Et Dieu sait si le secteur, totalement fliqué, est sensible ! Les Mabrouk se voient également attribuer le logement de fonction traditionnellement attribué au directeur de la Sûreté nationale, une splendide villa du quartier chic du Belvédère. La troisième fille, Ghazoua, mariée à Slim Zarrouk, bénéficiera également de quelques faveurs, notamment à l’occasion de la privatisation de certaines entreprises publiques (comme la Société nationale d’élevage de poulets, acquise à bon compte à la fin des années 1990 par Slim Zarrouk, puis revendue au prix fort).

Un «gâteau» à partager
Dans un libellé qui circule en 1997-1998 sous le manteau à Tunis, il est question des «sept familles qui pillent la Tunisie». Ce document fort bien informé décrit le fonctionnement des clans familiaux autour de Ben Ali qui se partagent entre amis les terrains, les contrats et les usines. Cette garde rapprochée du président s’oppose aussi à l’arrivée de tout nouvel intrus. Au début des années 1990, Kamel Eltaief et Slim Chiboub sont ainsi résolument contre les projets d’union de Ben Ali avec Leila Trabelsi.
Hélas pour eux, les noces ont lieu en 1992. Peu après, Kamel Eltaief a voulu braver la nouvelle présidente et faire de la circoncision de son fils un événement mondain – car Ben Ali et Leila n’avaient pas encore de progéniture mâle. Résultat, les hommes publics qui avaient commis l’erreur d’accepter l’invitation ont été immédiatement limogés : le ministre de la Santé, le directeur du Tourisme et le président de Tunis Air se retrouvèrent au chômage. Le règne de Leila au palais de Carthage débutait. En 1996, les locaux de Kamel Eltaief, dans la zone industrielle de La Soukra, furent incendiés par une vingtaine d’individus masqués. Le pouvoir le soupçonnait d’y entreposer des dossiers compromettants sur les turpitudes de Leila. Officiellement, l’enquête de police n’a pas permis de connaître l’origine de l’incendie. Depuis, Kamel Eltaief n’a plus jamais été reçu au palais de Carthage. Seuls ses liens anciens avec les Américains le protègent d’un mauvais coup.

Un boulevard pour les Trabelsi
Pendant les quatre années qui ont suivi le mariage de Leila avec Ben Ali, le clan Trabelsi s’est fait relativement discret. Mais à partir de 1996, leurs appétits se manifestent de manière plus ostensible et vont progressivement sonner le glas des ambitions des Eltaief, Mabrouk ou Chiboub. Cette année-la, le frère aîné et bien-aimé de Leila, Belhassen, met la main sur la compagnie d’aviation qui va devenir Karthago Airlines. C’est lui qui devient le pivot des affaires financières de la famille (…). Le verrouillage commence, car les Trabelsi ne sont pas partageurs. Pas un secteur qui leur échappe ; pas une transaction avec un groupe étranger dont ils ne sont partie prenante ; pas un beau terrain, ou presque, sur lequel ils n’ont des vues. Et personne, dans le clan, n’est oublié ! Après Belhassen, Moncef. Cet ancien photographe de rue a connu une belle carrière. Dans le passé, la Société tunisienne de banque lui a consenti un crédit pour devenir agriculteur. Son premier fils, Houssem, a crée une association, la Jeunesse musicale de Carthage, qui a la réputation de ne pas honorer ses contrats.
Le deuxième, Moez, et le troisième, Imed – le neveu préféré de Leila -, ont eu à partir de 2008 de sérieux ennuis avec la justice française dans la fameuse affaire des yachts volés. À Tunis, Imed fait la loi. D’un coup de fil, il peut faire embastiller un adversaire ou au contraire libérer un trafiquant. Personne ne se risquerait à s’opposer frontalement à ce protégé du palais. Une des sœurs, Djalila, est devenue la reine des buvettes, qu’il s’agisse de celle de l’école HEC à Carthage ou de celle de l’Ecole nationale d’architecture. Son époux, El Hadj, qui possédait un kiosque à essence, est devenu entrepreneur dans l’immobilier. Un de ses immeubles est loué au ministère des Transports, qui a été contraint de lui signer un bail avantageux. Beaucoup de ces coups tordus se font sans l’aval
du président. En 2002 encore, Ben Ali tentait de maintenir un semblant d’ordre. Ainsi, cette année-la, réunissait-il les principaux membres de la famille Trabelsi: «Si vous voulez de l’argent, soyez au moins discrets. Trouvez des hommes de paille et des sociétés écrans». En d’autres termes, professionnalisez-vous !
Un conseil qui ne semble guère avoir été suivi (…). Arbitre impuissant, le président tente parfois de taper du poing sur la table. Ainsi, en 2006, des industriels se plaignent des produits de contrefaçon importés de Chine avec la bénédiction des Trabelsi. Lors d’un conseil des ministres, le président interpelle le ministre du Commerce et de l’Artisanat, Mondher Znaidi: «Alors, Monsieur le ministre, j’entends dire que des containers de contrebande arrivent de Chine ? – C’est-à-dire, lui répond l’autre, je ne suis pas au courant, les douanes dépendent du ministère des Finances». Pas question de prendre le risque de contrarier Madame la présidente… Le parcours de Foued Cheman, fils d’un grand industriel du textile et multimillionnaire, est exemplaire de ce gâchis. Voici une des grandes figures du monde patronal obligée, en 2004, de prendre le chemin de l’exil forcé vers les Etats-Unis, avec son épouse et ses deux enfants. Dès l’arrivée de Ben Ali, Slim Chiboub, un des gendres, convoite le secteur de la friperie que les Cheman dominaient jusque-là. Tout va être fait pour décourager l’héritier de cette vieille famille: corruption d’un de ses associés, convocations répétées, garde-à-vue, parodies de procès… Foued Cheman se retire dans la somptueuse villa qu’il s’est fait construire sur la corniche de Sidi Bou Saïd. Après l’assaut des Chiboub, les attaques des Trabelsi. Très vite, Leila a des vues sur la belle demeure des Cheman, où elle installerait volontiers sa fille Nesrine. Des envoyés du palais viennent lui demander de vendre son bien à une «amie de la présidente». Pas question, répond l’industriel. Mal lui en prend. Le fisc le condamne à payer une amende record de 2 millions d’euros. Foued Cheman décide alors de s’exiler aux Etats-Unis, non sans avoir loué sa maison à l’ambassadeur d’Irak, avec la bénédiction de l’ambassade américaine. Sa capacité de nuisance est réelle. Il est le gendre de Mustapha Zaanouni, ancien ambassadeur et ancien ministre, toujours conseiller auprès de l’ONU. Depuis Washington, il menace de lancer des campagnes contre le régime si ses ennuis ne cessent pas. Résultat : les poursuites vont s’arrêter et les amendes fiscales se perdre dans les sables. Certains notables tunisiens, qui voient se rétrécir de jour en jour leur marge de manœuvre, sont en tout cas en train de passer de l’exaspération à la résistance. Ce qui fait dire à un diplomate français, qui a vécu longtemps en Tunisie, et qui connait parfaitement le sérail local : «Dans la succession de Ben Ali qui s’annonce, la bourgeoisie de Tunis ne veut pas d’une solution familiale». Et donc pas d’une régente nommée Leila…

source Extraits édifiants de La régente de Carthage.

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