L’Europe ne doit plus soutenir Ben Ali

Par MONCEF MARZOUKI Médecin, écrivain, opposant tunisien

Dans les révélations de WikiLeaks sur la Tunisie, on lit sous la plume des diplomates américains en poste à Tunis que le régime est «quasi mafieux», la femme du Président détestée et corrompue, que le régime est policier, qu’il n’écoute aucun conseil venu de l’intérieur ou de l’extérieur et que l’appui des gouvernements français, italien et espagnol à ce régime est étonnant.

Depuis vingt ans, le régime tunisien a essayé de faire croire à deux mensonges. Le premier est celui d’un régime prédémocratique qui engage le pays dans un processus démocratique, certes lent, mais allant de l’avant pour faire de la Tunisie un partenaire digne et respectable de l’Union européenne. Or, Ben Ali a engagé, au vu et au su de tous, un processus dictatorial qui a vu disparaître inexorablement le peu de libertés et de droits que les Tunisiens avaient acquis sous Bourguiba.

Le deuxième mensonge, à savoir le miracle économique, n’est pas moins grossier. Des statistiques trafiquées, une corruption endémique sévissant au plus haut sommet de l’Etat et impliquant la famille de Ben Ali, une répartition extrêmement inégalitaire de la richesse nationale, l’effondrement de la classe moyenne, le chômage massif parmi les jeunes diplômés, la plongée dans la misère de toutes les régions de l’intérieur du pays : tel est le vrai tableau du soi-disant miracle économique tunisien. Avec les événements qui ont lieu en Tunisie depuis deux semaines, c’est ce dernier mensonge qui s’effondre.

Il est cependant important de souligner que ces manifestations sont spontanées, que les islamistes n’y jouent strictement aucun rôle et que les mots d’ordre de ces manifestations restent des plus laïcs : revendication de dignité, de fin de la corruption, de justice sociale et de plus de libertés.

Qu’est-ce qui explique que des démocraties occidentales, surtout européennes, appuient un tel régime ? Cinq raisons peuvent être avancées : 1) le régime s’est présenté comme un rempart contre l’islamisme ; 2) il a joué le rôle de supplétif fidèle dans ce que l’Occident appelle «la lutte contre le terrorisme» ; 3) il s’est soumis à toutes les règles et à tous les dogmes de la sainte Eglise néolibérale ; 4) il entretient avec l’Etat d’Israël les meilleures relations ; 5) il joue un rôle important dans la protection des frontières sud de l’Europe en barrant la route à l’exode de la misère des Africains subsahariens.

Le problème est que ces Etats, en faisant un tel choix, ne bafouent pas seulement leurs valeurs mais aussi leurs intérêts à moyen et à long terme. Ce sont les dictateurs du genre de Ben Ali qui, par leur corruption et leur brutalité, ont toujours fait le terreau de l’islamisme le plus radical et sont responsables de l’accroissement du flot migratoire venu du sud de la Méditerranée, dû à la misère économique et à la répression politique.

Auteur avec Vincent Geisser de «Dictateurs en sursis. Une voie démocratique pour le monde arabe», éditions de l’Atelier, 2009.

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