Algérie: «mauvais» musulmans et chrétiens sont traqués

Le tribunal d’Aïn-el-Hammam (Kabylie, 150 km à l’est d’Alger) abrite, mardi, un procès bien singulier : celui des «dé-jeûneurs» du Ramadan. Hocine Hocini et Salem Fellak, ouvriers dans le bâtiment, ont été interpellés par la police le 12 août, deuxième jour du Ramadan, lors de la pause déjeuner, à l’intérieur d’une maison en construction. Arrêtés en «flagrant délit de consommation de denrées alimentaires», et présentés au parquet, ils ont été mis en examen pour «atteinte et offense aux préceptes de l’islam». Lorsque Hocine Hocini décline sa foi chrétienne et invoque la Constitution qui «garantit la liberté de conscience», la procureure, en colère, lui aurait conseillé de «quitter ce pays, qui est une terre d’Islam»…

Cette opération n’est pas isolée. A Ighzer Amokrane, en Petite Kabylie, la police a donné l’assaut à un local commercial fermé, pour interpeller une dizaine de jeunes, coupables d’avoir consommé de l’eau et du café ; leur procès est prévu pour le 8 novembre prochain.

Toujours en Kabylie, quatre chrétiens comparaîtront, le 26 septembre, devant les juges de Larbâa-Nath-Irathen pour «pratique d’un culte non musulman sans autorisation».

La dernière provocation contre la communauté chrétienne remonte à quelques jours, lorsque l’église protestante de Tizi-Ouzou a été sommée par la wilaya (préfecture) de démolir des travaux, effectués à l’intérieur du mur d’enceinte pour sécuriser l’édifice. Le motif, qui invoque le «défaut de permis de construire», contraste avec l’anarchie architecturale qui a fait la réputation du quartier. Mustapha Krim, président de l’Église protestante d’Algérie, est amer : «Cette attitude discriminatoire n’est motivée que par un seul argument : notre foi chrétienne. Nous lançons un appel solennel aux autorités supérieures de l’État pour mettre un terme à ces dérives, et faire respecter le principe d’égalité des citoyens devant la loi.»

Querelles de minarets

Cette escalade dans la répression pour «délit de culte» était prévisible. A la veille du Ramadan, le Collectif SOS libertés dénonçait le «détournement des institutions au service d’une idéologie intolérante et liberticide», avant de revendiquer l’ouverture de cafés et de restaurants pour les non-jeûneurs. Créé lors de la campagne antichrétienne du printemps 2008, le collectif, composé d’artistes et d’intellectuels, milite pour «la liberté de conscience, synonyme du droit de chacun de pratiquer la religion de son choix, ou de ne pas pratiquer».

En agitant le chiffon rouge des «évangélistes et des mécréants», notamment en Kabylie, le pouvoir tente d’endiguer les conversions au christianisme. Mais aussi de casser l’islam traditionnel jugé trop «tiède avec les apostats», pour y incruster une pratique plus rigoriste. Des «brigades vertes», ouvertement financées par l’Arabie saoudite via des associations religieuses, ont été recrutées dans plusieurs localités, avec la complicité de l’administration. A Aghribs (40 km au nord de Tizi-Ouzou), ces néomissionnaires se sont heurtés à la résistance de la population. Fidèles à leur mosquée traditionnelle, où l’on prêche la tolérance et le respect d’autrui, les villageois ont bloqué la construction d’une mosquée intégriste, en brûlant les matériaux, que des inconnus ont déposés, la nuit, sur la place du village.

Cette «guerre de religions» est, en fait, une manœuvre politique pour conforter l’alliance entre nationalistes et islamistes. Alors que la loi sur la «réconciliation nationale», adoptée par référendum en septembre 2005, accordait un délai de six mois aux «égarés des maquis» pour déposer les armes et échapper aux rigueurs de la justice, ce délai est prolongé dans les faits, au nom des «intérêts supérieurs de la nation». Loin de neutraliser les poches de «terrorisme résiduel», cette complaisance a eu des effets pervers. Comme ces dizaines de jeunes désœuvrés qui prennent encore le maquis, le temps de se constituer une cagnotte par le racket, avant de se rendre pour bénéficier des avantages sociaux offerts par l’État pour la réinsertion des «repentis».

Dans la recomposition en cours, les fatwas de Hassan Hattab sont relayées par la presse «national-islamiste» et les radios publiques comme une nouvelle stratégie de lutte antiterroriste ! Avec des éléments «repentis» du GIA, l’ex-émir fondateur du GSPC (ancêtre d’Aqmi) vient de lancer un «appel aux ulémas du monde musulman» leur demandant d’appuyer la «réconciliation nationale», pour assurer «la victoire de l’islam contre les croisés coloniaux et l’ennemi intérieur». Pied de nez à la justice qui, sans rire, l’a déclaré «en fuite», avant de le condamner par contumace à la prison à perpétuité, Hassan Hattab est protégé par les autorités, après sa reddition annoncée officiellement en septembre 2007.

source : lefigaro

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