Santé : prescription tunisienne de luxe

Prévue pour mars 2010, à Tunis, l’ouverture de la clinique internationale Hannibal confirme la volonté du pays de se positionner sur le traitement des pathologies lourdes auprès d’une clientèle aisée et internationale.

L’investissement dans les cliniques privées jouit d’une forme étincelante en Tunisie. En vingt ans, le nombre d’établissements de soins à capitaux privés s’est en effet envolé, passant de 21 à 117 cliniques dans le pays. Et ce n’est pas fini.

C’est dans cet environnement très favorable que se situe le projet de la clinique internationale Hanni bal, à Tunis. L’établissement de santé, dont l’ouverture est programmée pour le mois de mars 2010, affiche un capital de 25 millions de dinars tunisiens (DT, plus de 13 millions d’euros) pour un investissement total de 40 millions de DT.

Les 65 % de fonds propres ont été apportés par un pool d’investisseurs. L’actionnariat comprend ainsi la société de capital investissement Tuninvest (28,4 % du capital). Une association de soixante-quinze médecins tunisiens, dont la clientèle particulière est composée de plus d’un tiers d’étrangers, en possède 34,2 %. Et les 37,4 % restants appartiennent à une poignée d’investisseurs, dont le laboratoire Medis, qui est le deuxième fabricant tunisien de médicaments et le promoteur immobilier du projet Mohamed Zaguia.

Les initiateurs de la clinique internationale Hannibal ont par ailleurs trouvé des financements (emprunts sur vingt ans…) auprès de Proparco, la filiale de l’Agence française de développement (AFD), qui a estimé, en 2006, à environ 4 % la part du médical dans les exportations tunisiennes de services. Le tour de table financier réunit aussi l’International Finance Corporation (Banque mondiale) et Amen Bank, qui est par ailleurs partie prenante dans diverses autres cliniques dans le pays.

Pour se démarquer de la très forte concurrence entre les cliniques privées tunisiennes, les promoteurs du projet assurent en substance que leur établissement répondra à toutes les normes et les certifications européennes et anglo-saxonnes de qualité et de sécurité en vigueur dans la santé afin de hisser l’établissement parmi les plus innovants du continent. Le tout en garantissant des prestations à des prix raisonnables, assure le professeur Ghazi Jerbi, agrégé en chirurgie carcinologique, en charge de la direction médicale du projet.

Faisant une large place à l’oncologie, depuis le dépistage jusqu’aux soins palliatifs, le projet intègre également un département cardiovasculaire, un service de traumatologie orthopédique, un service de gynécologie et un centre de procréation médicalement assistée. Cet établissement de 180 lits sera par ailleurs implanté dans un immeuble intelligent : les informations concernant les malades seront gérées en temps réel. Dans leur business plan, les actionnaires évaluent le chiffre d’affaires annuel prévisionnel moyen à 15 millions de DT pour les trois premiers exercices. Et ils visent, par la suite, les 25 millions de DT.

La future clinique est le fruit d’une politique d’incitation à l’essor du privé, réponse à l’engorgement du secteur de la santé publique initiée dans les années 1990. Dans ce but, le XIe Plan de développement (2007-2011) a encore alloué 212 millions de DT à l’investissement sanitaire privé.

Se différencier du Maroc

À l’extérieur du pays, la clinique internationale Hannibal devra attester le virage qualitatif amorcé par la Tunisie dans la planète santé et lui permettre de marquer des points, notamment à l’égard de l’un de ses concurrents les plus aguerris : le Maroc. Le pays du Jasmin ne manque pas une occasion de rappeler qu’il tient largement la comparaison avec le royaume chérifien, qui ne compte que 140 cliniques privées pour plus de 30 millions d’habitants.

Comme le Maroc, la Tunisie est reconnue en Europe pour ses prestations en chirurgie esthétique et en actes ambulatoires. Elle cherche aujourd’hui à étendre sa clientèle et à conquérir des patients africains pour le traitement de pathologies lourdes et coûteuses. Et, bien entendu, les plus rémunératrices. Pour ces traitements, la dépense moyenne par patient dépasse souvent la dizaine de milliers de dinars, contre 2 000 à 3 000 en moyenne pour la chirurgie esthétique. Les autorités ont pour objectif, si la greffe prend, de faire de la filière de la santé une activité aussi porteuse pour le pays que le tourisme.

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